PORTRAI D’UN ARTISTE

Qu’est-ce qu’un humain


Kostas Koutsolelos

 
Interview de Claudia Galhós

 Je me définirais comme metteur en scène de théâtre, bien qu’il ne s’agisse pas vraiment de pièces, car je ne n’utilise pas beaucoup de texte. Ce que je fais est très proche du théâtre dansé, pourtant ce n’est pas tout à fait ça non plus. À l’âge de 30 ans, je me suis tourné vers le théâtre, j’ai suivi des cours à Athènes, où j’ai étudié le théâtre classique. Une fois diplômé, j’ai été acteur pour beaucoup de metteurs en scène grecs, mais le théâtre classique, ce n’était pas mon truc. Alors j’ai préféré monter ma propre troupe et travailler seul, créer mes propres performances. Ma troupe s’appelle MAG, c’est un nom allemand, cela fait maintenant six ans que je crée des performances. Parfois je travaille aussi en tant que performeur.

Je n’avais pas vu beaucoup de choses en dehors du théâtre classique et il y a environ dix ans, j’ai assisté à trois représentations qui ont changé ma vie. La première, c’était « Cafe Muller » de Pina Bausch, la deuxième, une œuvre de Romeo Castelluci et la troisième, une pièce du metteur en scène grec Marmarinos. Quand j’ai vu ces trois spectacles, j’étais comme un môme, j’ai su tout de suite que je voulais faire des choses comme ça, alors j’ai essayé de comprendre comment cela fonctionnait et comment je pouvais y parvenir. En Grèce, il existe des spectacles de toutes sortes, la plupart consistent en des mises en scène moderne ou post-moderne de pièces classiques, et puis il y a d’autres créateurs comme moi, qui ne se servent pas de textes, dont le travail se situe au croisement entre le théâtre, la danse, l’installation. Cela trouble parfois le public, parce que ce n’est pas exactement l’un ou l’autre, c’est un peu tout à la fois. Nous explorons ces limites, ce qu’une personne peut faire sur une scène qui ne soit pas un rôle, qui ne soit pas de la danse non plus… 

Je pense à cette phrase de Terzopoulos, un grand metteur en scène grec de théâtre physique, très connu dans certaines parties du monde. Il pose cette question : qu’est-ce qu’un humain ? Qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas son statut social.  Je resterai sur cette question. Qu’est-ce qu’un humain ? J’ai peur de ce mot, artiste. Pour moi, l’art n’a pas de but immédiat, la politique, l’argent, l’art parle de choses qui sont cachées, qu’on ne voit pas dans la vie sociale. Le monde dans lequel nous vivons influence mon art, mais pas de manière directe. Ce que je n’aime pas dans l’art, dans ce monde occidental, c’est le rythme des choses, on voit trop de choses, la compétition est très forte, il faut toujours présenter des idées merveilleuses sur scène… J’aimerais tant changer le rythme, l’échelle, pour pouvoir voir les choses à échelle humaine. Le réalisateur hongrois Bela Tarr dit que toutes les histoires ont déjà été racontées, que la seule chose que l’on puisse changer, c’est le rythme de la narration. Je le crois aussi. J’aimerais voir des choses plus lentes, plus simples. Voilà en quoi la vie moderne m’influence.